Analyse de rêves

Norman Rockwell, autoportrait

L’analyse des rêves, c’est la pratique de la psychanalyse par excellence. Freud disait que les rêves sont la voie royale vers l’inconscient. Il avait raison.

Lorsque je dis : je suis allé en week end avec ma mère…euh, non avec ma femme, on dit que j’ai fait un lapsus. Les lapsus sont trop rapides, trop ténus souvent inaperçus. Et même lorsqu’ils le sont, aperçus, ils restent très pauvres dans le déploiement associatif qu’ils permettent. L’exemple que je viens de donner est l’un des plus massifs qui soit. Il ouvre sur la question oedipienne. Donc oui, lorsqu’il y en a un, on peut s’y intéresser, Mais ça demande de nombreux approfondissements. En général, ça ne donne pas accès à la mémoire de la toute petite enfance.

De même, les actes manqués, par exemple lorsque je me trompe de métro, de direction, que j’oublie de poster un lettre ou un paquet. Souvent, l’analyse de ces actes manqués montre qu’il s’agit d’une préoccupation actuelle. Il est rare que la mémoire archaïque, celle de la toute petite enfance, y soit impliquée.

Les rêves sont donc un accès irremplaçable à la mémoire de la toute petite enfance, Non seulement la mémoire de ce qui c’est passé, mais aussi de ce qu’on a fantasmé à cette époque, qui se présente souvent comme un souvenir de réalité. Démêler la réalité du fantasme peut avoir un intérêt, mais l’important reste de pouvoir dire les deux, avant d’en juger.

Feutre jaune

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Marmite de rattrapage

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deux rêves, une problématique : la castration

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Une forme molle d’apparition du Réel

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Un mouvement de découpe de la rondelle. Le Réel en chiffons

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Ecriture et parlure

une comparaison entre le texte d’un rêve dicté dans l’Iphone au matin (oral), et celui tapé directement sur l’ordinateur en puisant dans la mémoire (écrit).

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Se débarrasser du Réel

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l’acoupure, qui ne se ferme pas : elle ne produit ni rondelle de surface, ni trou. le Réel

Des souvenirs d’avant le langage 2

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Automatisme du fonctionnement symbolique. 

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Par la fenêtre

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Sauce tomate : Signifiant, signifié ou signification ? 

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Narcissisme

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Un oubli

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Hors la scène, le Réel

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Foule

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Présence de l’invisible

Mise en relation d’un rêve avec le film de Valeria Bruni-Tedeschi

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dimanche 9 juin 2019


Je suis à la douane ou à la police dans un aéroport, pour rentrer en France. Je suis en Roumanie ou en Angleterre. Un employé à la voix suave, parlant un excellent français me demande le feuillet jaune. Je dis que je ne l’ai pas. On ne m’a pas donné de feuillet jaune. Y’a pas besoin de rajouter quoi que ce soit, il passe au client suivant. Pas de feuillet jaune, pas de passeport, pas de tampon, pas de départ. je sais pas comment je vais faire ! Là, je regarde à nouveau dans mes papiers, ma valise, mon sac. Je suis paniqué. Je pense à appeler l’ambassade dont je vois l’immeuble par la fenêtre, c’est à dire l’hôtel continental. 

Une dame âgée me dit que j’ai plus qu’à téléphoner à l’ambassade. Elle me dit qu’en effet, c’est à l’hôtel continental. C’est pas très loin, mais j’apprends qu’il n’y a plus que 35 minutes avant le décollage de l’avion. C’est raté, quoi ! Jamais j’aurais le temps d’y aller, de faire les formalités, de revenir. Là, je me dis que, après tout, j’ai peut-être jeté ce papier. Je me revois en train de jeter quelque chose à la poubelle, mais c’est un papier blanc; comme il est plié en 4, y’avait peut-être le jaune à l’intérieur. J’ai peut-être pas fait attention. C’est peut-être de ma faute; du coup je me réveille

Je ne peux pas retourner dans mon pays natal. Donc, à l’origine. Il me manque ce feuillet jaune qui doit avoir à faire avec le pipi. On ne m’a pas donné ce feuillet c’est-à-dire on ne m’a pas tout dit sur mon origine. Ce qui explique que je ne peux pas retourner en ce lieu qu’en fait je ne connais pas. C’est à la fois tout près (je vois l’immeuble par la fenêtre) (dans le cadre) et trop loin : un autre continent, impossible à atteindre dans le temps imparti. Pourquoi 35 minutes, je sais pas, si ce n’est que chez moi, les séances durent 30 minutes, et que parfois je laisse quelques minutes de plus quand la personne a vraiment quelque chose à finir ou une émotion à écluser. Visiblement, j’ai le sentiment que, pour moi, ce serait insuffisant ! 

Autrement dit : c’est peine perdue, je n’arriverai jamais à trouver toutes les infos sur l’origine, certaines sont définitivement perdues. C’est la que ça rejoint la castration, par métonymie : la perte du pipi pourrait suggérer la perte de l’organe qui en organise la perte. 

J’ai jeté quelque chose à la poubelle du refoulement. Un message en blanc, a voilé le message en jaune. Le jaune était caché sous le blanc, soit : des informations sur le pipi étaient cachées sous la peau du zizi. On ne peut pas me donner mon passeport pour l’âge adulte, pour le grandissement, si je n’ai pas appris à retenir mon pipi, au lieu de le jeter n’importe où. 

Le jeter n’importe où, ça supposerait donc de jeter le bébé avec l’eau du bain c’est-à-dire le zizi avec le pipi. Le feuillet jaune à la poubelle. 

Comme c’était dans la même nuit que le rêve du contrôleur, je me dis que ce monsieur à la voix suave est une autre forme du contrôleur. 

Autrement dit, dans les deux cas, il s’agit du surmoi, cette partie de moi-même qui surveille à la fois que je suis bon pour vivre en société ( je fais pas pipi n’importe où) et si je suis bon pour faire mon travail d’analyste (je n’ai pas perdu le feuillet jaune, c’est-à-dire le phallus) : c’est-à-dire que je suis bien retourné à l’origine, de façon à pouvoir à mon tour y conduire les gens.  

Je commence à en avoir l’habitude : la Roumanie est un voile pour la Pologne, le pays de ma mère. Un déplacement sur le côté, ou vers le sud. L’Angleterre est le seul pays étranger dont je parle la langue. Or, il s’agit de parler la langue de ce pays étranger qu’est l’inconscient : par exemple, ce message jaune caché sous le message blanc. 

La vieille dame qui me confirme que l’ambassade est bien à l’hôtel continental, c’est elle aussi. L’origine, c’est elle ! 

Je dis souvent, avec Freud, que la représentation et l’affect sont les deux ambassadeurs de la pulsion. Il faut donc faire un tour à l’ambassade si on veut piger quelque chose de la pulsion, qui est quoi ? Rien de bien matériel, ce qui supposerait un fluide, ou une énergie matérielle. C’est juste le trou de connaissance de l’origine. Or, je vois l’ambassade par le trou de la fenêtre, qui encadre ainsi ce qui pourrait me redonner un substitut de feuillet jaune. Construire une représentation, c’est en effet encadrer le Réel, mettre un trou autour afin de le symboliser. 

Mon rêve aspire à cette symbolisation mais constate que je me heurte à l’impossible : en 35 minutes, disons par extension : dans le temps d’une analyse, même en ajoutant des prolongations, ce n’est pas possible. 

L’affect qui peut me venir en ambassadeur de la  pulsion à ce moment là n’est rien d’autre que la panique, soit l’angoisse. Mais cette panique ne vient pas du Réel lui même, plutôt rassurant, de l’autre côté de la fenêtre. Elle vient de mon sentiment de culpabilité d’avoir moi-même jeté le message à la poubelle, soit, d’avoir accompli la castration. Disons que cela, c’est symbolisé : le rêve dit bien que j’en ai une trace dans ma mémoire. Cette trace ne dit pas tout, mais c’est de ma faute : je suis l’agent du refoulement, ce qui revient à être mon propre contrôleur.    

dimanche 9 juin 2019

Je dois prendre le bus et il me part sous le nez. je saute dans la 2 cv et je cours derrière le bus avec la 2CV. J’arrive à destination juste après lui. Dans le hall d’accueil du buse, je passe devant le contrôleur avec mon ticket entre les dents. À ce moment-là, il m’échappe et volète avant de se poser aux pieds du contrôleur. Il va pour le ramasser, pour le mettre à la poubelle sans doute, mais je dis : non ne faites pas ça! c’est un ticket que je n’ai pas utilisé, car je n’ai pas pris le bus. Je viens d’arriver, une minute après vous. 

Dans le rêve précédent, il y avait une salade spaghetti et les spaghettis ressemblaient à des chevilles pour vis, vertes, enfin, vert-noir.  

C’est curieux, ma première association va à mon premier contrôleur, celui auquel je racontais mes « cas » à une époque où, comme tout le monde, je pensais cela nécessaire, puisque c’est ce qui se disait partout. Avec le recul, je sais à présent que ce type (que j’aimais bien, au demeurant) ne savait pas faire un contrôle, comme il ne savait sans doute pas grand-chose de ce qu’est l’analyse. En effet, chaque fois que je lui racontais un « cas » et que j’arrivais, dans mes associations, à moi-même, quelque chose de moi auquel cet élément du « cas » me faisait penser, il me disait : parlez-en à votre analyste. Or, quand j’en parlais à mon analyste, il se foutait de ma gueule, tellement il trouvait que je me débrouillais mal. Je n’avais donc aucun lieu pour en parler. 

Dans les deux cas, je n’ai appris qu’une chose, ce qu’il ne fallait pas faire. Dans le cas de l’analyse : ne pas se foutre de la gueule des gens, quoiqu’ils disent . 

Dans le cas du contrôle : ne pas les renvoyer à leur analyste car, le contrôle, c’est une analyse. Ce qu’il y a à analyser, ce n’est pas le dire de l’analysant, c’est justement ce que le dire de l’analysant a fait résonner chez l’analyste. Ce n’est rien d’autre que la même chose que, dans une analyse, quand l’analysant raconte le dire de quelqu’un d’autre, qui que ce soit, l’aider à entendre ce que ça fait résonner chez lui. 

J’y ai pensé en me penchant sur l’analyse de ce rêve, au seul vu du mot « contrôleur ». En effet, je n’ai pas pris le bus, je me suis débrouillé par mes propres moyens. Il a bien fallu, vu l’incompétence des professionnels auxquels je m’étais adressé. Le bus « me part sous le nez » c’est ce que ça veut dire. 

Ceci dit, je n’ai jamais eu de 2CV. C’est mon frère Michel qui en avait une, quand j’avais entre 10 et 12 ans. Donc, cela renvoie à une identification à mon frère, puisque je conduis SA voiture. À entendre : « identification à l’agresseur » vu que j’ai des soupçons de viol de lui (ou de son jumeau, ou les deux) à mon égard. En effet, le 2CV « colle au cul »  du bus pendant tout le trajet. Un ticket, c’est fait pour mettre dans une fente puisque, de nos jours, des appareils fente ont remplacé les contrôleurs. C’est donc un phallus. 

Je n’ai donc pas utilisé mon phallus pour enculer mes frères, c’est plutôt l’inverse qui s’est passé. Par contre, je tiens à garder mon ticket, c’est-à-dire mon phallus pour un voyage ultérieur, c’est-à-dire une revanche. Le fait que je le perde au moment de passer devant le contrôleur signifie : castration. Le contrôleur, y compris en psychanalyse, est celui chargé de contrôler votre aptitude à pratiquer l’analyse ; du moins, dans l’imaginaire. Et là, métaphoriquement, je me suis bien fait enculé, par le contrôleur, comme par l’analyste. Si mon contrôleur est toujours resté sympathique avec moi (sans faire son métier, cependant), ce n’a pas été le cas de mon analyste qui était toujours sur le point de jeter mon ticket à la poubelle, ce qui a entrainé mon voyage de revanche effectué par moi-même.  

« Ce que le dire de l’analysant a fait résonner chez l’analyste » : voilà ce que les situations transférentielles dans lesquelles je me suis trouvé ont fait résonner de mon histoire personnelle. 

Le rôle du contrôleur, comme de l’analyste, n’est justement pas de contrôler cette aptitude. Ce n’est pas un examinateur. C’est quelqu’un qui vous aide à trouver en vous-même les points de repères adéquat pour aider quelqu’un. 

Le rêve des spaghettis comporte une allusion toute actuelle. Pour une fois, j’ai réalisé quelques travaux chez moi et j’ai eu à choisir entre des chevilles vertes et des chevilles noires. Il est clair que la différence essentielle entre des chevilles et des spaghettis réside dans la longueur. Et comme les chevilles sont là pour être enfoncées dans un mur, nous avons une autre image du rapport sexuel, dans ce qu’il a de problématique : soit on a longueur, mais c’est mou, soit on a la rigidité, mais c’est pas assez long. Entre les vertes et les noires, il y avait en effet quelques millimètres de différence. De plus, une cheville, ça pénètre, mais c’est fait pour se faire ensuite  pénétrer. 

Autrement dit : pas de phallus sans castration, pas de masculin sans féminin. 


Rêve et paranoïa

Conflit non traumatique……………………………………………………………………………………………………..2 Inadaptation du sujet aux présupposés de la psychiatrie ………………………………………….. 3 Les traumatismes originaires ……………………………………………………………………………………………5 Conclusion et approche transférentielle de la psychose……………………………………………..7 Le tribunal de Saint Vaury………………………………………………………………………………………………….8

Un rêve :

Il y a encore une fuite d’eau dans on plafond ! La peinture du plafond et des murs est déjà toute écorniflée. Des gouttent tombent, indiquant que ce n’est pas fini et que ce n’est pas un petite fuite. Agacé, je monte à l’étage au-dessus pour prévenir l’auteur de la fuite.

Mais au-dessus, c’est bien vaste et bien compliqué. Un long couloir, des couloirs annexes peu visibles… sur la droite, le chantier d’un appartement ouvert dans lequel plusieurs hommes s’activent. Je vais pour leur parler de la fuite, mais je me ravise quand je m’aperçois que cet appart n’est pas situé au-dessus de l’endroit correspondant. Le continue plus loin dans le couloir de ce qui ressemble à un grenier. J’ouvre une porte sur la gauche, une porte étrange, d’un blanc sale, peut-être dépourvue de poignée. Je n’ai qu’à la pousser.

Derrière, c’est l’horreur : dans une sorte d’immense grange en pente, des hommes reposent dans des bacs en plastique posés les uns à côté des autres sur du foin. Des seringues trainent à côté d’eux dans les bacs. Dans certains, il y a du sang. Je comprends qu’il s’agit d’une salle de shoot clandestine où les junkies sont particulièrement maltraités.

Je referme rapidement la porte, horrifié. Je me dis que ça ne me regarde pas, mais vu la fuite, il faut quand même que je trouve le responsable. Je préférerais fuir, mais pendant ce temps, mon appart continue de supporter l’inondation. Je dois quand même faire quelque chose. Je descends, je ne sais trop comment. Je me retrouve à l’extérieur, au pied de cette grange. Beaucoup d’hommes s’activent. Certains déchargent un camion. Un type en blouse blanche maculée de sang sort du bâtiment, les mains ensanglantées. L’air indigné, il interpelle à la cantonade : « alors c’est quoi c’t’affaire ? Il y a trop de nourriture ! ». Je pense qu’il s’agit du médecin véreux qui s’occupe des junkies et qu’il fait allusion au camion que l’on décharge. Ça achève de me décourager.

Avec encore un reste de regret à propos de ma fuite, je décide de redescendre à l’hôpital pour dénoncer tout cela. Cette grange qui gangrène ma maison est située à flanc de montagne. Un peu plus bas sur la route se situe l’hôpital où je travaille, et où j’ai un autre logement. En marchant le long de la route je croise un paquet de gens qui montent. Je n’identifie que l’un d’eux, un grand noir athlétique vêtu d’un T-shirt orange moulant. Je pense qu’il peut m’aider. Je l’interpelle par son surnom : « eh, colonel ! ». Il arbore un air surpris et effrayé, et s’enfuit aussitôt vers le haut, c’est-à-dire vers la grange.

Une fois arrivé à l’hôpital, je médite un moment devant une baie vitrée qui offre une vue magnifique sur les montagnes qui nous entourent. Je pèse le pour et le contre et finalement je me décide. J’interpelle les gens qui passent, des connaissances, sans doute des

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infirmiers : il faut que je rencontre la directrice de l’hôpital tout de suite, c’est pour une affaire très grave, c’est urgent !». On me répond qu’on ne peut pas réveiller le directrice à cette heure-ci. En effet, on est en pleine nuit. J’insiste, on finit par me donner satisfaction.

C’est une femme mûre, marquée par l’âge, mais encore très jolie et tenant visiblement à le rester. Sa chevelure blonde est réunie en un arrangement extravagant où le désordre le dispute à une savante architecture. Elle est maquillée à l’excès, mais le résultat n’est quand même pas mal. Elle s’assoit en face de moi avec un air las, agacée par le dérangement nocturne dont je suis la cause. Je commence à m’expliquer en commençant par le commencement : la fuite dans mon logement de la montagne.

Elle m’interrompt pour connaître exactement l’emplacement de ma maison. Ça m’énerve mais, bon, je lui donne les précisions nécessaires. Elle part dans des considérations sur la route, la région, je ne sais quoi ; je ne tiens plus en place. Pourquoi ne m’écoute-t-elle pas ? Il y a des gens qui sont maltraités, des gens qui meurent. C’est urgent, merde ! En même temps, au lieu daller droit au fait, je tiens à faire un récit chronologique relatant les circonstances de ma découverte. La pensé m’effleure que je ferais mieux d’y aller franco, mais d’un autre côté je tiens à la chronologie de mon récit. Pourquoi ? Je l’ignore. Je suis d’une inefficacité rhétorique grave. Finalement elle met fin à l’entretien, et je n’ai pas pu lui dire !

Je n’hésite que quelques secondes avant de me décider à descendre encore plus bas sur la route, jusqu’à la petite ville où j’irais à la police. Je me lance, à pieds. Je croise encore des gens qui montent. Parmi eux, un ami qui, après m’avoir croisé, revient sur ses pas pour me demander ce qui ne va pas et s’il peut m’aider. Je lui demande s’il a une voiture. Oui. Donc, très bien, nous serons plus vite à la police.

Une idée contrariante s’impose alors à moi : et si le flic était corrompu par les dealer de la salle de shoot ? Et si la directrice n’avait pas voulu m’entendre parce qu’elle était corrompue de la même façon ? Et si ma dénonciation n’avait pour effet que de lancer à ma poursuite un tueur ? Je aurais alors qu’une solution : en parler à d’autres, le maire, le préfet je ne sais qui encore dans l’espoir de tomber sur un au moins qui ne serait pas corrompu. Et ensuite, fuir le plus loin possible sans laisser d’adresse, pour ne pas être trouvé par les tueurs éventuels.

Je fuis aussitôt dans le réveil.

Conflit non traumatique

Je suis totalement épaté par ce rêve qui réveille (c’est le cas de le dire) des pensées et des souvenirs que je croyais oubliés depuis bien longtemps.

La première de ces pensées est soulevée par l’aspect « grenier » de l’endroit où je cherche la fuite. Au fait, nul doute que je cherche la fuite que je choisirai finalement. Mais ce grenier me rappelle celui dans lequel j’ai eu quelques-uns de mes premiers jeux sexuels avec le petit voisin de dessous, qui avait 14 ans quand j’en avais 8 ou 10, je ne sais plus. Nous nous battions dans l’escalier en nous imaginant vivre le combat des romains contre les Gaulois. Je défendais la citadelle « escalier » avec la dernière énergie, mais cela ne suffisait pas, puisqu’il était bien plus grand que moi. Je reculais donc d’étage en étage jusqu’au grenier. Là, plus de fuite possible. Il me faisait prisonnier, me déshabillait, et me vendait comme esclave. Devant une foule imaginaire de clients

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potentiels il ventait mes mérites, mes muscles et mon zizi, ce qui donnait prétexte à le toucher tant et plus. Rien de plus.

Et puis, nous recommencions la bataille au bas de l’escalier.

Parfois, rarement mais quand même, il me laissait gagner. Alors, je l’imitais. Je l’acculais au grenier, le faisait prisonnier, le déshabillait, le vendait comme esclave en ventant ses mérites, notamment ceux de son zizi. J’étais très impressionné car il bandait, et ça lui donnait une apparence très nettement au-dessus de ce que je pouvais moi- même présenter à l’époque. Moi, je ne me souviens même pas si je bandais. Je ne crois pas. Pourtant je prenais plaisir à ces jeux, sinon je les aurais refusés.

Un jour, il m’avait expliqué qu’il faisait partie d’un club d’élite, très fermé. Il voulait bien m’y introduire mais, pour cela, je devais passer une série d’épreuves. J’ai accepté. Ça se passait dans le même grenier, mais dans une pièce fermée, le grenier privé de sa famille dont il avait la clef. Entre autres épreuves sans grande portée, répétition des jeux que nous avions déjà pratiqués, il s’était allongé sur moi et avait frotté son sexe contre le mien. Je ne comprenais rien. Je lui avais même dit : « tu as de drôles de manière t’sais ! ». C’était les seuls mots que je pouvais prononcer à ce sujet.

C’était bizarre, mais pas désagréable. Juste incompréhensible. Je crois que ça été la dernière occasion de jouer car, ensuite, il a disparu de l’immeuble.

Voilà donc la première association d’idée qui est venue. Il est clair que ce n’est pas facile à évoquer ; d’où le double sens de la fuite : c’est ce genre de souvenir qui suinte du plafond comme l’araignée qui y habite dans une autre formule bien connue. Dans le cadre de la zoophilie insectuelle, ça met la puce à l’oreille mais on préfèrerait éviter quand même. Pourquoi, puisque, apparemment je n’ai pas été « traumatisé » par cette expérience avec mon grand voisin du dessous ?

Peut-être parce que j’ai des soupçons de semblables traitements par mes frères, beaucoup plus précoces et donc beaucoup plus féroces car motivés par leur jalousie d’ainés et refoulés dans l‘amnésie infantile.

Il y a aussi le traumatisme des lavements que m’infligeait ma mère, qui me mettaient aussi en position de dominé. L’eau qui tombe d’en haut en présente vraisemblablement la métaphore.

Inadaptation du sujet aux présupposés de la psychiatrie

Tout cela semble bien loin du contenu le plus prégnant du rêve, cette histoire de salle de shoot horrible et sanglante tenue par des mafieux. Qu’est-ce que c’est que ça ? Alors se présente la deuxième série associative: toute ma carrière en hôpital psychiatrique et particulièrement à l’Hôpital de Saint Vaury, en Creuse, où j’ai travaillé pendant 8 ans auprès de nombreux enfants et d’adultes dits-autistes lourdement handicapés. Je ne cesse de penser que les traitements médicamenteux sont des formes de toxicomanies remboursées par la sécurité sociale. Cet hôpital dans les montagnes me rappelle fortement l’hôpital de Saint Vaury.

J’ai déjà parlé de mon expérience dans cet hôpital dans de nombreux travaux, livres, articles, et vidéos. 1 Je n’ai jamais digéré cette expérience, traumatisante pour moi. En résumé : j’obtenais des résultats spectaculaires et on m’avait mis au placard parce que je ne respectais pas cette règle (non dite, donc inconnue de moi) stipulant qu’on ne

1https://www.youtube.com/watch?v=nVKydkcuUAE

http://une-psychanalyse.com/livres_publies.html

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devait pas laisser sortir les enfants de son bureau. Les résultats que j’avais obtenus n’avaient aucune importance. Or, les enfants dits autistes sont souvent très remuants ; ils ne tiennent pas en place et sortaient de mon bureau aussitôt que je les y avais conduits. Je les suivais, logiquement, pour voir ce qui les intéressait plus que moi ou mon bureau. C’est ainsi qu’une petite fille de 9 ans qui n’avait jamais marché s’était mise à marcher, qu’un garçon du même âge qui n’avait jamais parlé avait prononcé ses premières paroles.2 Etc.

Avant d’être mis au placard, j’avais été convoqué par la directrice de l’Hôpital pour une tentative de conciliation entre la médecin-chef et moi3. Cette dernière correspondait assez au profil que je décris dans mon rêve. Elle n’était pas blonde, mais arborait une énorme chevelure noire en bataille. Je crois que mon rêve lui a ajouté de la beauté car tout cela, qui est politique, se condense avec mon problème avec la beauté des femmes qui s’arrangent toujours pour être castratrices d’une manière ou d’une autre… spécialement quand elles ont du pouvoir et qu’elles en abusent.

Néanmoins, l’entretien mis en scène dans mon rêve ressemble fort à cette réalité traumatique : j’ai quelque chose à dire et personne ne veut m’écouter. Les gens que je croise non plus, exactement comme dans mon expérience : à l’époque du conflit, j’avais tenté de rencontrer les syndicats, mais ils ne voulaient pas me soutenir. Le syndicat des psychologues regrettait beaucoup mais s’estimait incapable d’agir. Mes collègues psychologues de Saint Vaury, comme beaucoup, y compris mes collègues actuels, levaient un sourcil soupçonneux… si on m’attaquait c’était bien que j’avais fait quelque chose. Quant à mes résultats thérapeutiques, peu y croyaient; comme encore maintenant, quand j’en parle, il y a des gens pour penser que je ne fais que me vanter et que tout cela est impossible. D’ailleurs, moi-même, j’avais du mal à y croire, tellement c’était surprenant. C’est un peu de cette étrange modestie qui avait contribué à ma paralysie lors de la confrontation avec la directrice. Je ne voulais pas mettre en avant des résultats qui m’auraient désolidarisé des équipes infirmières et médicales. Je savais la religion du travail d’équipe qui courait et qui court encore. Mais du coup, j’étais coincé dans mon argumentation.

Aujourd’hui je n’hésiterais plus. Je sais très bien que de tels résultats n’avaient pas lieu avant mon arrivée, et qu’ils se sont produits comme par hasard peu après le début de ma prise de fonction. Forcément, ça ne peut que bousculer un peu la routine des façons de penser.

Le grand noir que je rencontre sur la route de mon rêve me fait penser à l’un des infirmiers de cet hôpital avec lequel j’avais sympathisé. C’était un de ces enfants de la Réunion déporté par les bons soins de Michel Debré qui voulaient repeupler les campagnes françaises avec les surplus de la population réunionnaise… pas vraiment avec leur accord. Voilà des victimes de l’administration qui auraient pu se sentir solidaire. Hélas, non. Son T-shirt, dit jaune, est en fait plutôt moutarde, d’où mon salut au « colonel » : je me retrouve dans le Cluedo, c’est-à-dire une affaire policière où il faut démasquer l’assassin.

Auparavant, dans le pavillon des adultes dans lequel je travaillais, on avait essayé un nouveau médicament. Le cobaye était un grand gaillard qui avait déjà tué quelqu’un. Il ne parlait presque pas et était fort violent. Une heure après sa première injection, il s’était transformé en fou furieux, dix fois pire que ce qu’il était. Il hurlait, courait partout, se cognait la tête contre les murs jusqu’à y faire des trous ! Des murs de brique ! On

2 voir « De l’autisme » tome 1
3 voir le récit en annexe de ce texte.

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voyait à travers ! Il a fallu trois semaines pour que le médecin accepte enfin de mettre un terme à cette expérimentation désastreuse.

Une fois qu’il eut été débarrassé de ses injections morbides, par la suite, j’ai demandé si une infirmière voulait se porter volontaire pour être aux côté de ce patient aussi souvent que possible afin de tenter de le comprendre. Elle devait en parler régulièrement avec moi. Grâce à ce travail, elle a compris son fonctionnement, évitant dès lors les mouvements qui mettaient en danger son image de corps, ce qui déclenchait autrefois ses raptus clastiques. Ce malade est devenu doux comme un mouton. Il aidait les infirmiers au ménage et à la vaisselle, jouait aux cartes avec eux. Son langage s’était enrichi.

Et malgré cela, c’est moi qu’on avait mis au placard, certains émettant de sombres doutes sur « mes expérimentations avec les malades ». L’expérimentation avec le nouveau médicament n’avait choqué personne. Ça, c’était normal, n’est ce pas, ce sont les aléas des avancées de la médecine. Et c’est contre moi que les infirmiers de ce pavillon avaient déposé plainte auprès de la DDASS. Pas contre, le médecin qui avait conduit l’expérimentation médicamenteuse cumulait en outre trois mi-temps dans trois institutions en plus de son cabinet privé. On ne le voyait guère, et quand il passait, les infirmiers disaient bien qu’il fallait avoir l’habileté de le choper, car il repartait volontiers sans avoir vu la blessure d’un tel, ni pris le peine de se pencher sur la grippe ou le cancer de tel autre. Mais il ne leur est jamais venu à l’idée de dénoncer tout cela à la DDASS.

C’était d’une telle injustice que l’on peut comprendre que je ne l’ai jamais digéré. Je n’y pensais pourtant plus, et, voyez, parfois l’inconscient y pense pour moi en déclenchant une parano nocturne qui voit tout le monde corrompu par la mafia et personne à qui causer. Il est vrai que c’est un phénomène culturel : la médecine à tellement bonne presse et la psychanalyse est tellement en baisse de popularité que cela crée ce monde dans lequel les toxicomanies sont remboursés par la sécu qui par ailleurs enquête sur les malversations possibles d’un type qui obtient auprès des patients des résultats quand même assez remarquables dont elle ne veut rien savoir.

Quand Tosquelles et Oury font des réformes pour rendre l’hôpital plus humain, tout le monde applaudit. Oury se garde bien, cependant, d’éliminer les médicaments, les sismothérapies et les cures de Sakel, toutes choses reconnues comme très dangereuses par pas mal de publications (on en pense ce qu’on en veut, mais ces publications existent). Mais ce sont des médecins. Quand c’est un psychologue qui obtient des résultats et promeut des méthodes qui prouvent leur efficacité dans une optique nettement plus humaine, c’est suspect. Il faut dire que les médecins-chefs qui m’ont viré étaient aussi, à ce qu’ils disaient, psychanalystes. Mais pas la même version que moi. J’insiste sur le phénomène culturel : tout ce qui vient des médecins est forcément bon. Ce qui vient des non-médecins traine toujours un vieux parfum de sorcellerie, non dite mais dûment sanctionnée.

Les traumatismes originaires

Le trauma de cette injustice flagrante, voilà ce qui est décrit dans mon rêve. Ce n’est pas inconscient, puisque j’ai vécu tout cela consciemment à l’âge adulte. Mais ce n’est pas conscient tout le temps, comme beaucoup de choses écrites dans la mémoire qui ne peuvent pas être présentes en même temps. Il avait fallu un tout petit incident, la veille, pour remettre tout cela inconsciemment dans la présence du rêve : le coup de fil

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de l’entreprise de peinture mandatée par l’assurance, qui me proposait un rendez vous pour évaluer les travaux, suite à un dégât des eaux datant d’il y a six mois. Cette petite catastrophe domestique, je la subis au minimum une fois par an depuis douze ans. Consciemment, ça m’agace ; inconsciemment, cela doit se rattacher d’une part à ces multiples injustices subies dans ma vie professionnelle, d’autre part à l’angoisse de castration consécutive à mes incontinences nocturnes, lorsque j’étais bébé.

C’est pourquoi à l’égard d’un rêve, on peut toujours avoir une première approche d’interprétation qui ne renvoie qu’aux traumas consciemment inscrits dans la mémoire, tandis qu’une seconde se rattache toujours au trauma fondamental : la menace de castration, elle, véritablement inconsciente et se présentant sous une forme voilée.

La première approche n’est pas exempte de voile, ni de déformation, ce qui peut donner l’impression qu’on a démasqué tout le contenu. Mon sentiment d’injustice exagère la forme de la représentation : ces toxicos dans des bacs en plastiques, comme des animaux de laboratoire, dans une grange garnie de foin, comme des animaux de ferme, ce médecin taché de sang, ce sont des tentatives de représenter le sentiment avec des représentations. En effet, le sentiment s’éprouve, il ne se représente pas, même s’il est « représentant de la pulsion dans le psychisme » comme le dit Freud. La nécessité de trouver des représentations en images est d’autant plus forte que les représentations de mots ne sont passées auprès de personne. Elles sont restées lettres mortes.

Ici, il faut faire un retour sur mes premières interprétations. On voit que les circonstances politiques créent des conditions de retour des autres traumas par lesquels je suis passé. Ma mère, mes frères, le voisin du dessous.

Pourtant, à propos de ce dernier, mon souvenir n’a pas retenu l’expérience comme traumatique. Elle devait même être plaisante, puisque je n’hésitais à recommencer le jeu dès que je retrouvais mon grand copain dans l’escalier. Il y avait du sexe et du plaisir sexuel, même si cela pouvait me paraître encore étrange, compte tenu de mon âge.

Pourquoi cette association est-elle donc venue se mêler au trauma de mon expérience professionnelle en hôpital psychiatrique ? Parce que, dans ce servie pour adulte où avait eu l’expérience médicamenteuse, il y avait des gens tout nus dans les couloirs toute la journée. Parmi les pensionnaires de ce pavillon, plusieurs se déshabillaient le matin aussitôt qu’on les avait habillés. Les infirmiers avaient laissé tomber. Ils savaient que s’ils les rhabillaient de nouveau, ils recommenceraient. Or ce n’est pas pour rien que nous nous habillons tous les matins, et pas seulement à cause du froid, prétexte qui disparaît en été. Nous nous habillons parce que la vue de la nudité est un trauma, et ce pour deux raisons contradictoires : 1) le rappel inconscient de la castration nous est pénible, 2) l’excitation causée par la vue des charmes sexuels doit être refoulée en permanence, ce qui demande également un effort pénible.

Tout le monde, dans ce pavillon, moi comme les autres, faisait semblant de considérer cette situation comme naturelle. Bien sûr nous en avions discuté en réunion, et tout le monde savait que les rhabiller toute la journée ne pouvait qu’être aussi épuisant qu’inutile. Nous acceptions donc le statu quo.

S’il n’y avait eu que de la nudité, d’hommes et de femmes encore jeunes, voire adolescents! Mais un certain nombre, hommes et femmes, se masturbaient régulièrement sans la moindre gène, au vu et au su de tout le monde. Nous contemplions tout cela d’un œil torve, impuissant et gêné, n’osant pas dire que nous étions gênés, puisque nous étions, en principe, des professionnels aguerris. Bien entendu, il avait été tenté de leur expliquer que ça ne se faisait pas en public, mais ça n’avait pas plus d’effet que les rhabillages systématiques.

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Le refoulement nécessaire dont je parle est évidemment lié à un sentiment de culpabilité inconsciente dont il était impossible de parler. Une fois en réunion, une infirmière délurée s’est un jour exclamée, sur le ton d’une plaisanterie sérieuse : « il serait bon que celui qui encule régulièrement Gabriel se coupe les ongles, car on trouve des traces de griffures sur ses hanches, le matin, quand on le lave ». Ça énonçait tout haut ce que tout le monde pensait tout bas.

Or, la sanction des pensées sexuelles liées à l’interdit, c’est la castration, tandis que l’interdit lui même s’associe à toutes les pensées incestueuses existant chez tout le monde. Consciemment, on ne le sait pas, mais l’effet en est d’autant plus dévastateur que, d’une part on ne le sait pas, d’autres part, la nudité et les pratiques sexuelles solitaires nous sont mises tout le temps sous le nez. C’est désirable, mais c’est interdit, car il s’agit des patients qui nous ont été confiés. La similitude avec la situation œdipienne est patente. Ainsi la castration est-elle évoquée de façon lointaine par ce médecin à la blouse tachée de sang. « Il y a trop de nourriture » dit-il, à entendre : il y a trop d’incitation à la sexualité et à la transgression.

C’est une partie de cet effet dévastateur qui ressurgit dans mon rêve. D’abord parce que les shoots, c’est une aiguille qui pénètre dans un corps, procurant une extase momentanée, excellente métaphore de l’acte sexuel. Ensuite parce que la paranoïa qui s’en suit traduit très bien le sentiment de culpabilité exacerbé relatif à la sexualité sans cesse présentée sans la protection des vêtements ni la décence habituelle de la société. Au point que le rêve a condensé les deux dames en une seule beaucoup plus jolie que les deux réunies de la réalité : comme si l’objet du désir revenait dans le sujet de la sanction. C’est une très belle illustration de ce que disait Freud quand il affirmait que le surmoi se nourrissait du ça. Il repeint le censeur aux couleurs de l’objet censuré.

C’est cela que les adversaires de la psychanalyse (y compris à l’intérieur du champ de la psychanalyse elle-même) lui reprochent et m‘ont reproché avec violence : d’oser parler de sexualité et, pire, de la façon dont j’y étais impliqué.

Conclusion et approche transférentielle de la psychose

Ainsi, une première interprétation renvoie à un événement de l’enfance, sexuel, certes, mais pas traumatisant, tandis que l’épouvante ressentie dans le rêve évoque nécessairement un trauma. Celui-ci apparaît d’abord comme une partie consciente et adulte de mon histoire, mon expérience en hôpital psychiatrique. Elle tient son horreur, d’une part de l’injustice effectivement subie dans la réalité, mais aussi du sentiment de culpabilité inconsciente due aux conditions de travail qui évoque nécessairement la l’interdit de l’inceste et sa sanction, la castration, base de tout rêve et, finalement de tout psychisme. Derrière tout cela il y avait donc aussi l’agression sexuelle de ma mère avec ses lavements, l’agression supposée de mes frères, et mon désir interdit pour ma mère, dont la médecin chef, en fin de compte, présentifiait une image idéalisée mais bien conforme sur les autres plans : la principale caractéristique de ma mère, c’est qu’elle ne m’écoutait pas. À l’époque où je travaillais à Saint Vaury, un jour où je recevais mes parents dans ma nouvelle demeure, sise au flanc d’une agréable colline, j’avais tenté de leur parler de mon conflit avec la femme médecin-chef du service enfants. Je n’avais pas dit deux phrases que ma mère m’interrompait d’un air sévère. Se redressant sur son fauteuil, elle énonça : « tu dois faire ce que te dit ton patron ! ». Elle n’avait pas eu le plus

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minime élément d’information sur la situation, exactement comme la directrice de l’hôpital hurlant : « Vous devez collaborer ! » (voir ci-dessous).

Enfin, un mot de la paranoïa de mon rêve, qui me confirme encore une fois dans mon désintérêt pour tout diagnostic. En effet, c’est d’avoir repéré et compris les mécanismes de cette paranoïa au fond de moi-même qui m’a toujours permis de me situer du côté des gens que je trouve coincés dans une panique semblable. Lorsque, dans la réalité, on s’est déjà trouvé dans une situation où ni les parents, ni les collègues ne vous soutiennent, on a vite compris qu’il faut résolument se situer du côté du sujet, y compris du côté de son délire, si délire il y a, afin de lui donner la seule réassurance qui lui permettra, plus tard, de faire éventuellement le tri entre fantasme et réalité. Mais avant tout, il faut passer en revue tous les éléments qui ont contribué au fantasme en question devenu plus ou moins délire selon les sujets et les moments.

Le maitre mot n’est pas diagnostic, mais identification, alliance avec l’autre, y compris avec son délire.

Le tribunal de Saint Vaury

La réunion avait lieu dans la grande salle du conseil d’administration. Je n’avais évidemment jamais mis les pieds dans un lieu pareil. J’étais impressionné par les dimensions de la pièce, le mobilier grandiose, massif, les bois cirés. Tout cela donnait une ambiance à la fois chaude et impériale. Je ne percevais tout cela qu’à travers le flou qui, partant de ma gorge nouée, tressait une barrière brumeuse autour de moi.

En plus de moi-même, trois personnes seulement avaient pris place autour de cette immense table qui pouvait bien en accueillir 20 sur son pourtour. Le titre officiel était «réunion de conciliation». La directrice de l’hôpital devait faire office de médiatrice dans le conflit qui m’opposait à mon médecin chef et au chef du service dans lequel je travaillais. Deux femmes, dont je savais déjà qu’elles étaient liées dans leur volonté commune de me faire partir de ce service. La médecin chef m’avait déjà dit : « j’ai remis ton poste à l’administration », formule administrative qui se voulait sans doute plus neutre qu’un « tu es viré ».

Elle m’avait déjà convoqué dans son bureau pour me gratifier d’un ton rogue : «j’ai appris que tu laissais les enfants sortir de ton bureau». Dit comme ça, ça ressemblait à un péché fondamentalement impardonnable. Comment le savait-elle ? Je n‘avais pas besoin lui demander. Je savais que cela venait de la nouvelle médecin responsable du service, un espèce de petit goret aux cheveux ras et aux binocles rondes, d’au moins 100 kilos qui avait débarqué un an plus tôt. Toujours silencieuse et fuyante elle n’était pas venu se présenter à moi lorsqu’elle était arrivée, n’avait jamais cherché le moindre dialogue et se tenait quasi complètement silencieuse aux réunions que j’animais, comme je le faisais avant son arrivée. Bien entendu, elle n’était pas venue dans un premier temps ni me demander pourquoi je procédais ainsi, ni que, pour elle, cela consistait une faute injustifiable. Elle avait directement informé la médecin-chef qui, elle non plus ne me demandait pas les raisons de mon attitude, mais la plaçait d’emblée sous les auspices de la condamnation. On travaille dans son bureau, point barre. Pas dans les escaliers ou les couloirs du dispensaire. D’ailleurs son contrôleur le lui avait dit. C’était ainsi et pas autrement. En voilà une qui s’autorisait de son contrôleur.

Ma mémoire ne me permet plus de me rappeler si j’avais essayé néanmoins d’expliquer ce pourquoi de mon attitude. Je me rappelle surtout de ma paralysie, de mon

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angoisse, et de mon sentiment de l’inutilité de toute explication tant sa position était tranchée et tranchante. J’étais d’autant plus paralysé que ce n‘était pas la première fois qu’une telle mésaventure survenait dans ma carrière. Si j’étais là, à l’hôpital départemental de saint Vaury, Creuse, Limousin, région de Limoges, c’est que j’avais été limogé d’un précédent poste en Franche-comté. J’avais déjà vécu le même type de convocation et de condamnation péremptoire sans la moindre demande d’explication. Cette fois, la phrase de condamnation disait : « J’ai appris que tu ne faisais pas des séances de trois quart d’heure ». Rien n’avait été dit auparavant sur la durée des séances, et j’avais été d’autant plus surpris que j’avais déjeuné 15 jours auparavant avec cette médecin-chef qui m’avait félicité sur les résultats que j’obtenais avec les enfants. Les résultats ne comptaient visiblement pour rien face au respect d’une norme.

Je me retrouvais aujourd’hui devant exactement le même problème. Que des enfants qui ne parlaient pas se soient mis à parler, qu’une petite fille de neuf ans qui n’avait jamais marché se soit mise à marcher à sa deuxième séance avec moi, tout cela ne rentrait absolument pas en ligne de compte. Je n’aurais pas dû laisser les enfants sortir de mon bureau.

Pendant deux ans, tout avait très bien fonctionné pour moi dans ce service où j’avais été accueilli à bras ouverts. Les infirmières étaient ravies du soutien que j’apportais à leur travail et elles, elles pouvaient constater les effets du mien quotidiennement. Bien entendu, personne ne leur avait demandé de témoigner.

Si je laissais sortir les enfants de mon bureau, c’est que les dits autistes souvent ne tiennent pas en place. Ils ne parlaient pas, je risquais pas de leur proposer une séance classique, où ils jouent ou racontent leurs histoires. Quant aux jouets ou objets de la pièce, ils ne savaient que le jeter violemment partout ou les passer par la fenêtre. Le plus souvent, dès que je les avais accompagnés dans mon bureau, ils en ressortaient aussitôt, soit pour faire des monter et descendre dans les escaliers, soit pour aller patauger dans la cuvette de chiottes ou chercher de quoi manger à la cuisine. Je les suivais, essayant de comprendre le pourquoi de ces étranges comportements et leur disant ce que j’en comprenais. Ce à quoi il arrivait qu’ils me répondent, première parole qui me laissait pantois d’étonnement.

Le tribunal devant lequel je me trouvais ne disposait évidemment pas de ces pièces qu’il se refusait à examiner de toutes façon.

Ce qui venait d’être rappelé, c’était les fautes commises. Il y avait deux procureurs général et pas d’avocat de la défense. Quant à la directrice, en laquelle j’avais mis quelque espoir au début, j’ai très rapidement compris qu’elle se rangeait dans le camp des médecins. « Vous devez collaborer » me cria-t-elle dessus, prenant appui sur le statut des psychologues, qui disait que ce dernier devait collaborer avec les médecins. Je ne sais plus si j’avais vainement tenté de rappeler que ce statut disait aussi « le psychologue est libre du choix de ses références et de ses méthodes ». Je me rappelle surtout le mutisme qui s’était emparé de moi, surtout après que la médecin chef ait glissé dans un sourire : « j’ai téléphoné à Besançon au précédent poste de M. Abibon, et il s’avère qu’il a été licencié là-bas aussi, car c’est un élément perturbateur ».

Je n’étais moi-même pas du tout sûr de moi, à l’époque. J’avais agi comme j’avais agi par pur bon sens, n’ayant aucune idée préalable que ce que j’aurais du faire ou ne pas faire. On n’oblige pas un enfant à faire une psychanalyse. S’il ne veut pas rester dans le bureau du psychanalyste, eh bien il sort. Et c’est au psychanalyste de s’adapter à cette situation. Les résultats que j’avais obtenus, c’était à ma plus grande surprise. Je n’avais pas de théorie autre sur ma méthode, je ne pouvais pas m’appuyer sur quelque grand professeur qui aurait soutenu mon propos. Je n’y pensais même pas.

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J’étais donc saisi d’un akwabonisme destructeur, certain que j’étais de ma propre destruction. Il était clair qu’aucun argument ne pouvait être entendu par le tribunal des trois dames. Très après coup, je me dis que j’aurais dû quand même faire état de mes résultats, demander, exiger le témoignages des infirmiers… quoique, après coup, j’ai appris que ceux-ci avaient complétement retourné leur veste et travaillaient sous les ordres du goret en parfaite intelligence. J’avais tenté de saisir les syndicats du personnel, sans le moindre succès. J’avais écrit au syndicat des psychologues, qui m’avaient gentiment répondu qu’il ne pouvait rien faire.

Je suis donc sorti du tribunal avec la confirmation de mon exclusion. Certes je restais dans l’administration, mais je ne devais plus remettre les pieds dans le service. Ils ont préférés me payer trois ans et demi à ne rien faire plutôt que de me voir obtenir des succès.

Dix ans plus tard, dans mon nouveau service, à Aubervilliers, un collègue était en voie d’être viré, en bute au même genre de condamnation par notre médecin chef qui pour une fois me foutait la paix. Je suis allé trouvé le dit collègue, avec lequel je sympathisais volontiers, pour lui expliquer que je ne lèverai pas le petit doigt pour l’aider. Je précisais que, ayant été viré 6 ou 7 fois j’en avais assez de déménager, perdant ainsi le contact avec famille et amis. Je savais que, si je me mettais de son côté, je subirai sans aucun doute le même sort que lui. Et que je voulais préserver la place que je m’étais faite dans ce service, conquise à force d’absolue discrétion, de non contact avec les autres personnels et de silence absolu en réunion.

1 mai. 17

Au Tivoli(t)

https://unepsychanalyse.files.wordpress.com/2019/06/tivolit_richard_abibon.pdf

La tentation de Saint Antoine

https://unepsychanalyse.files.wordpress.com/2019/06/tentation_de_saint_antoine.pdf

Rapport du rêve avec la Vorstellungsrepräsentanz de Freud (voir la page « discussion théoriques »)

Des souvenirs antérieurs au langage ?

https://unepsychanalyse.files.wordpress.com/2019/06/souvenirs_anterieurs_au_langage.pdf

UN rêve et un film : « L’enfant d’en haut », de Ursula Meier. 

https://unepsychanalyse.files.wordpress.com/2019/07/l_enfant_d_en_haut.pdf

Un rio à Rio pour OSS 117

un exemple de rêve qui fait bouger la théorie

https://unepsychanalyse.files.wordpress.com/2019/07/rio_a_rio.pdf

Rêve et paranoïa

c’est en trouvant la psychose à l’intérieur de soi-même que l’on trouve la ressource à supporter la psychose des autres.

https://unepsychanalyse.files.wordpress.com/2019/07/reve_et_paranoia-.pdf

Un rêve d’auto-engendrement

https://unepsychanalyse.files.wordpress.com/2019/07/reve_d_auto_engendrement.pdf

Un rêve qui entre en résonnance avec des voix entendues par des sujets aux prises avec la psychose

https://unepsychanalyse.files.wordpress.com/2019/07/resonnance_voix_reve.pdf

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